Fragments - Chris Lavaud
Fragments
“Ce n’était qu’une question d’observation. Le tout était d’être là, au bon endroit, au bon moment. En tant que chasseur d’image, je m’octroyais tous les jours un minimum
de trois heures sur le terrain afin de capturer le moment décisif, qui pour moi, était un instant de bonheur. Addict à la photographie était un mal sans conséquence
sur ma santé générale mais devenait critique pour mon entourage proche. En effet, il ne se passait pas un seul repas sans que mon appareil photographique ne trône
au milieu de la table accompagné de mon «Fisheye magazine». J’étais un camé ; pas sous une emprise médicamenteuse hors norme ou un habitué à une drogue
puissante d’origine végétale, non, moi j’étais accro au 28mm et au M numérique d’origine Leica. Il y avait trois avantages à cette addiction, premièrement, une fois
l’investissement fait, il n’y avait pas de renouvellement à faire chez un fournisseur de coin de rue avec ou sans ordonnance. Deuxièmement, mon obsession quotidienne
était totalement légale puisque je pouvais trouver des revendeurs partout en France avec pignon sur rue. Et troisièmement, je pouvais déambuler librement dans n’importe
quel endroit public, ma drogue autour du cou sans attirer forcément une Compagnie Républicaine de Sécurité affamée. Je savais que ce trouble incontrôlé au déclenchement
compulsif me bouffait, malgré tout, mes neurones. Mais je n’en faisais pas cas, il le fallait, je ne voulais surtout pas me retrouver sous camisole de force ou terminer
mes jours au fond d’une remise mal éclairée comme un jambon de Parme bien ficelé et suspendu au plafond. Malgré ma lucidité à ma douce folie, cette image
me glaçait le sang.”

Toulouse, France. Printemps, été 2017.
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